"Alors là, je suis scié!". Ce sont les mots qui échappent à plusieurs reprises à Hoshino, l'un des protagonistes de Kafka sur le rivage, et qui conviennent aussi pour exprimer la surprise pleine d'admiration que j'ai ressentie en lisant ce roman d'Haruki Murakawami, proprement extraordinaire. Le personnage principal est un jeune homme de quinze ans, dont la quête initiatique offre sa trame au récit. Il s'agit bien d'une initiation, qui livre le lecteur autant que les personnages aux puissances de l'imagination, une sorte d'exploration poétique des forces de l'inconscient qui érode les frontières entre monde visible et invisible, rêve et réalité, vie et mort, et met en scène l'intériorité des êtres dans des projections oniriques et fantasmagoriques. C'est un livre de sortilèges et d'énigmes. Un labyrinthe. C'est aussi une méditation sur le vide et l'impermanence - nos existences sont une danse d'enveloppes éphémères, animées par un souffle mystérieux et qui se rejoignent dans un au delà du sens et des sens. Les animaux - chats, poissons, corbeau -, la nature - arbres, foudre, pierre- sont les passeurs essentiels du dévoilement des vérités cachées. C'est au coeur d'une bibliothèque et d'une forêt où il trouve refuge que le jeune Tamura passe au-delà du miroir pour se trouver lui-même. Les personnages sont extrêmement émouvants, et tous d'une grande profondeur, voyageurs pleins de grâce et surtout de solicitude et compassion mutuelles. C'est rare, un livre où les relations entre les êtres sont dominées par une entente et une union quasi mystiques. Kafka sur le rivage résonne à bien des niveaux. C'est aussi une combinaison fascinante entre une inspiration profondément japonaise et des références occidentales qui sont centrales. La musique en particulier -Beethoven, Schubert, Haydn, mais aussi Coltrane, Prince, Radiohead-, habite les personnages, et c'est en écoutant le concerto numéro un de Haydn qu'Hoshino se fait la réflexion suivante, sur laquelle je vous laisse, en vous encourageant à découvrir bientôt l'oeuvre d'Haruki Murakawami, si vous ne la connaissez pas déjà :
"C'était une époque sans souci. Je prenais chaque jour comme il venait, j'étais quelqu'un. Ca se faisait tout naturellement. Mais un beau jour tout s'est arrêté. Et la vie m'a réduit à n'être personne. Drôle d'histoire. L'homme nait pour vivre, non? Pourtant plus le temps passait, plus je perdais ce qui constituait mon noyau intérieur, jusqu'à avoir l'impression d'être devenu complètement vide....est-ce que je peux faire quelque chose pour changer la direction du courant?"
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